lerenovateur | » Boun Ho Khao Padap Dine : la fête des morts

Boun Ho Khao Padap Dine : la fête des morts

Ce matin (29 août 2019), les lao font le Takbat à la pagode à l’occasion de la fête des morts.

Lors du Boun Ho Khao Padap Dine, lorsque la Terre est plongée dans une nuit sans lune, les morts sont autorisés à retourner dans le monde des vivants pour y trouver aide et réconfort. Cette cérémonie est aussi un moyen pour les fidèles d’améliorer leur propre sort. 

Boun Ho Khao, la fête des morts au Laos

“Boun” en laotien désigne une fête mais aussi une cérémonie au cours de laquelle chacun peut faire un “acte méritoire”. En acquérant des “mérites” on améliore son karma. Obtenu essentiellement à travers les offrandes, le boun peut être transmis à des proches disparus dans le but d’alléger leur séjour dans l’au-delà. C’est l’objet du Boun Ho Khao, la Fête des Morts laotienne. 
“Boun Ho Khao Padap Dine” a lieu le 14ème jour de la lune décroissante du 9ème mois du calendrier laotien, environ entre mi-août et mi-septembre. La traduction littérale en est : « Faire des paquets de riz et les déposer par terre ». Pendant la journée qui précède la fête, les familles confectionnent des offrandes alimentaires à base de riz (Khao). La part destinée aux morts est emballée dans des petits paquets en feuilles de bananier (Ho). 

Dans la nuit noire

Un défunt qui s’est bien comporté pendant sa vie atteint le niveau suprême de la réincarnation,le Nirvana. Si ce n’est pas le cas, il est condamné aux enfers et réincarné en animal afin d’expier ses fautes. La nuit du Boun Ho Khao Padap Dine, les suppliciés peuvent retourner auprès de leurs familles et acquérir grâce à elles des “mérites” qui allégeront leurs souffrances et écourteront leur séjour en enfer. 
Vers trois heures du matin, les fidèles vont déposer leurs offrandes au pied des arbres ou dans leurs branches, dans les cimetières, dans les enceintes des temples. Les morts profitant de l’obscurité totale viennent chercher ce qui leurs est destiné : riz gluant, gâteaux de riz, fruits, bétel à chiquer et cigarettes. Un mort qui ne trouverait rien pour lui entrerait dans une colère terrible et punirait ses descendants indignes. 

Le Karma et la transmission des “mérites”

Les familles préparent les offrandes alimentaires pendant toute la journée précédant la Fête des Morts, soit le 13ème jour. L’excitation est grande dans les villages et au sein des foyers. Les adultes ne travaillent pas ce jour-là. C’est un repos bienvenu au moment où les travaux agricoles sont particulièrement intenses. Les enfants quant à eux, attendent avec impatience et gourmandise les gâteaux (qui étaient chose rare à l’époque). Chaque famille partage ses offrandes en quatre parts. Une pour la famille, une pour les amis, une pour les morts et une pour les bonzes. 
Le lendemain, les fidèles retournent dès l’aube à la pagode de leur quartier pour participer à la cérémonie des offrandes. Les familles présentent aux bonzes les offrandes qu’elles leur ont réservé et les disposent dans leurs bols (Tak bat). Il s’agit bien de dons à leurs proches décédés, mais ils leur sont remis de façon symbolique par l’intermédiaire des bonzes. Ces derniers estiment d’ailleurs que les offrandes faites ainsi sont plus efficaces que les paquets laissés directement aux défunts. 
Les familles demandent ensuite aux bonzes de bénir de l’eau qu’elles versent aussitôt sur le sol en goutte à goutte. L’Eau et la Terre deviennent ainsi témoins que le fidèle a bien rempli ses obligations. Le pratiquant demande systématiquement à la déesse de la Terre ‘ Nang Thôlany’ d’être témoin de son action lorsqu’il fait un don pour ses ancêtres. Il la prie de leur apporter son offrande. C’est une façon de transmettre des “mérites” aux défunts. 

L’interdépendance des êtres

Ce rituel est observé par tout un peuple qui accorde une grande importance aux esprits. Le bouddhisme et l’animisme sont très prégnants dans le quotidien des Laotiens même laïcs. Cette forme de syncrétisme se retrouve dans tous les bouns mais est particulièrement visible dans la Fête des Morts. Cette transmission des mérites permet de s’écarter de l’individualisme de chacun, préoccupé uniquement par son propre salut. En enrichissant le Karma de ses ancêtres, un fidèle améliore son propre Karma par sa bonne action. L’interdépendance de tous les êtres est ainsi affirmée. (article : Tonton Phet)